Sonnet Serf de Faveur, esclave d’Avarice, Tu n’eus jamais sur toi-même pouvoir, Et je me veux d’un tel maître pourvoir Que l’Esprit libre en plaisir se nourrisse. L’Air, la Fortune et l’humaine Police Ont en leurs mains ton malheureux avoir. Le Juge avare ici n’a rien à voir, Ni les trois Soeurs, ni du Temps [...]
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303 vues 222 vuesA Madame Marguerite, d’écrire en sa langue
Quiconque soit qui s’étudie En leur langue imiter les vieux, D’une entreprise trop hardie II tente la voie des cieux, Croyant en des ailes de cire, Dont Phébus le peut déplumer Et semble, à le voir, qu’il désire Donner nouveaux noms à la mer. Il y met de l’eau, ce me semble, Et pareil peut [...]
A monsieur d’Avanson
Si je n’ai plus la faveur de la Muse, Et si mes vers se trouvent imparfaits, Le lieu, le temps, l’âge où je les ai faits, Et mes ennuis leur serviront d’excuse. J’étais à Rome au milieu de la guerre, Sortant déjà de l’âge plus dispos, A mes travaux cherchant quelque repos, Non pour louange [...]
A son livre
Mon livre (et je ne suis sur ton aise envieux), Tu t’en iras sans moi voir la Cour de mon Prince. Hé, chétif que je suis, combien en gré je prinsse Qu’un heur pareil au tien fût permis à mes yeux ? Là si quelqu’un vers toi se montre gracieux, Souhaite-lui qu’il vive heureux en [...]
A Vénus
Ayant après long désir Pris de ma douce ennemie Quelques arrhes du plaisir, Que sa rigueur me dénie, Je t’offre ces beaux oeillets, Vénus, je t’offre ces roses, Dont les boutons vermeillets Imitent les lèvres closes Que j’ai baisé par trois fois, Marchant tout beau dessous l’ombre De ce buisson que tu vois Et n’ai [...]
Après avoir longtemps erré sur le rivage
Après avoir longtemps erré sur le rivage Où l’on voit lamenter tant de chétifs de cour, Tu as atteint le bord où tout le monde court, Fuyant de pauvreté le pénible servage. Nous autres cependant, le long de cette plage, En vain tendons les mains vers le nautonnier sourd, Qui nous chasse bien loin ; [...]
Astres cruels, et vous dieux inhumains
Astres cruels, et vous dieux inhumains, Ciel envieux, et marâtre nature, Soit que par ordre ou soit qu’à l’aventure Voise le cours des affaires humains, Pourquoi jadis ont travaillé vos mains A façonner ce monde qui tant dure ? Ou que ne fut de matière aussi dure Le brave front de ces palais romains ? [...]
Au fleuve de Loire
Ô de qui la vive course Prend sa bienheureuse source, D’une argentine fontaine, Qui d’une fuite lointaine, Te rends au sein fluctueux De l’Océan monstrueux, Loire, hausse ton chef ores Bien haut, et bien haut encores, Et jette ton oeil divin Sur ce pays Angevin, Le plus heureux et fertile, Qu’autre où ton onde distille. [...]

