C’était l’automne…et les feuilles tombaient toujours

L’ANGÉLUS sonnait, et l’enfant sur sa couche de douleur
souffrait d’atroces maux ; il avait à peine quinze ans, et les
froids autans contribuaient beaucoup à empirer son mal.

Mais pourtant sa mère qui se lamentait au pied du
lit, l’attristait encore plus profondément et augmentait en
quelque sorte sa douleur.

Soudain, joignant ses mains pâles en une céleste
supplication, et portant sur le crucifix noir de la chambre
ses yeux presque éteints, il fit une humble et douce prière
qui monta vers Dieu comme un parfum langoureux.

Et dehors, dans la nuit froide, les faibles coups de la
cloche de la petite église voisine montaient tristement,
elle semblait tinter d’avance le glas funèbre du jeune
malade.

La chaumière, perdue au fond de la campagne, était
ombragée par de hauts peupliers qui lui voilaient le
lointain.

De belles montagnes bleues une à une se déroulaient
là-bas, mais elles paraissaient maintenant plutôt
noires, car les horizons s’assombrissaient de plus en plus.

Les oiseaux dans les bocages ne chantaient plus, et
toutes ces jolies fauvettes qui avaient égayé le printemps
et l’été s’étaient envolées vers des parages inconnus.

Les feuilles tombent et la brise d’automne gémit
dans la ramure ; il fait sombre dehors ; mais ces tristesses
de la nature, ces gémissements prolongés du vent, ne sont
que les faibles échos de cette immense douleur qui veille
au chevet du malade que Dieu redemande à la mère…

Onze heures sonnent à la vieille horloge de la chaumière ;
l’enfant vient de faire un mouvement qui appelle
encore plus près de lui celle qui lui a prodigué ses soins
pendant tant de jours et pendant tant de nuits.

Elle approche, défaillante, et écoute attentivement
les paroles que le mourant lui murmure faiblement à
l’oreille :

« Mère,… dit-il, je m’en vais… mais je ne t’oublierai
pas là… haut… où… j’espère… de te… retrouver un
jour… ne pleure pas… approche encore une dernière fois
le crucifix de mes lèvres… car je n’ai plus que quelques
instants à vivre… adieu, mère chérie… tu sais la place où
je m’asseyais l’été dernier… sous le grand chêne… eh
bien ! c’est là… que je désire… qu’on… m’enterre…
Mère adieu, prends courage…  »

La mère ne pleure pas ; comme Marie au pied du
calvaire elle embrasse sa croix,… souffre… et fait
généreusement son sacrifice…

Cependant les feuilles tombent, tombent toujours ;
le sol est jonché de ces présages à la fois tristes et lugubres ;
dans la chaumière le silence est solennel, la lampe
jette dans l’appartement mortuaire une lueur funèbre qui
se projette sur la figure blanche du cadavre à peine froid,
la vitre est toute mouillée des embruns de la nuit, et la
brise plaintive continue à pleurer dans les clairières. La
jeunesse hélas ! du jeune malade s’est évanouie comme la
fleur des champs qui se meurt, faute de pluie, sous les
ardents rayons d’un soleil lumineux.

Que la nature, les bois, les arbres, la vallée paraissaient tristes
ce jour-là, car c’était l’automne… et les
feuilles tombaient toujours.

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